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Appel au jeûne et à la prière de l’Eglise catholique : Ce que pensent Gustave Assah et Brice Houssou

L’appel au jeûne et à la prière lancé par la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) au lendemain du vote de la loi modificative de la loi portant santé sexuelle et de la reproduction au Bénin, continue de susciter des réactions. Les dernières à nous parvenues sont celles de l’acteur de la société civile et ancien président de Social watch, Gustave Assah, et de l’avocat Brice Houssou. Pour le premier, « Il faut faire en sorte que la vie humaine qui est sacrée soit protégée ». Quant au second, « Il ne s’agit pas d’une loi sur la légalisation de l’avortement ». Lire leurs arguments.

Gustave Assah, ancien président de Social watch : « Il faut faire en sorte que la vie humaine qui est sacrée soit protégée »

Le Matinal : En tant qu’acteur de la Société civile, comprenez-vous cette position tranchée de la Ceb ?

 

Gustave Assah : Je pense que c’est d’abord une première perception liée à la doctrine de l’Eglise sur la protection de la vie humaine qui commence dès le fœtus. Le fœtus c’est déjà une réalisation de l’être humain. C’est une perception que je partage normalement, complètement et absolument. Je pense qu’il faut faire en sorte que la vie humaine qui est sacrée soit protégée. Notre loi fondamentale demande de protéger la vie humaine qui est sacrée également. Je pense que c’est une chose importante de conserver et de voir comment on peut l’encadrer. J’ai suivi encore une interview sur l’église qui demandait de voir comment on peut faire un suivi plus rapproché. Cela demandera forcément plus de moyens à l’Etat. Mais la vie humaine, ce qu’on donne au moment de la détruire, il y a des gens comme moi qui sont déjà choqués.

 

La nouvelle loi a été votée pour un avortement sécurisé et éviter la clandestinité de l’acte !

 

– Oui, je suis d’accord mais ce n’est pas cela qui va arrêter la clandestinité parce qu’aujourd’hui, j’ai encore suivi que la loi qui existe pour punir l’avortement existe toujours. Mais ce n’est même pas forcément cela. Les gens gardent des grossesses jusqu’à terme, avortent et vont déposer dans les caniveaux. Cela pose un véritable problème. Si les gens ne se précipitent pas pour aller chercher ces enfants-là, ils sont détruits à jamais. Il faut pouvoir punir. Aujourd’hui, ce n’est pas punir, ce n’est pas ne pas punir qui est le problème. Comment encadrer pour qu’on n’ait pas des excès à ce niveau-là ? C’est la question. Je comprends la position de chacun. Mais l’ordre qui a été donné par la loi-là, c’est cela qui choque davantage. C’est-à-dire que les gens le font dans la clandestinité. Le malheur et la mort que cela entraine sont pires que ce qu’on aura maintenant lorsqu’on va pouvoir autoriser cela à haute voix. On a vécu des cas comme cela avec des gens qui sont du corps médical. Si vous êtes du corps médical, j’ai des résultats, j’ai des attentes. On sait ce qui se passe à ces différents niveaux-là. C’est une loi qui vient un peu renchérir cela qui nous dérange. Même avec la clandestinité, le gouvernement faisait déjà son travail. Au Ministère des affaires sociales, je connais des situations lorsque cela sonne directement au niveau des médias, au niveau des Whatsapp. Je sais s’il y a un déclic qui est donné automatiquement au niveau du Ministère on cherche les informations et une prise en charge est déclenchée automatiquement.

 

Que l’Eglise demande aux fidèles de jeûner et de prier, n’est-ce pas dramatiser une option qui vise à sauver des vies ?

 

– Je crois que même s’ils ne le disent pas, c’est leur devoir de prier et de jeûner. Ils n’ont pas besoin d’attirer l’attention des gens sur cela. C’est des consignes qui se donnent pour prier mais est-ce que c’est le seul sujet sur lequel on peut attirer l’attention des gens pour qu’on jeune et qu’on prie. Il y a trop de sujets sur lesquels on doit jeûner et prier. Mais il faut jeûner et prier pour que peut être la loi ne soit pas votée. Mais la loi a été déjà votée Qu’est-ce qu’il faut faire ? Maintenant, il faut jeûner et prier pour que les gens n’avortent pas. Je pense quand même que la polémique reste et demeure avec ou sans la loi. Avec la loi, la polémique existe. Avec la loi cela a réveillé l’attention des gens qui sont en train de parler, qui sont en train de dire exactement ce qu’ils pensent. Ce ne serait pas pour rebrousser chemin au niveau de la loi. Mais au niveau de la loi, ce serait d’attirer l’attention des dirigeants. Comme un juge l’a dit aujourd’hui, quelque part, « j’ai entendu la loi est toujours là pour punir les avortements. Et l’avortement dont-on parle ici, c’est des avortements cliniques. Mais qu’ils permettent aujourd’hui de dire de sauver des vies humaines dans des situations où la grossesse à terme peut entrainer la perte de la maman et la perte de l’enfant. Lorsqu’on s’en va vers une perte là, c’est pourquoi il parle d’avortement sécurisé. Je crois que cela demeure davantage et il faut régler le problème au niveau du partage de l’information, avec davantage d’explication. Le Ministère a du travail à faire dans ce sens là pour comprendre que la loi n’est pas venue donner une autorisation aux gens pour dire d’aller tout de go se faire avorter comme ils veulent et quand ils veulent. Vous faites très bien d’insister davantage sur cela. Faites parler les médecins pour montrer vraiment ce que cela veut dire. Un avortement peut désormais coûter la vie à une personne. Un avortement peut faire qu’une mère ne peut jamais avoir d’enfant même un papa aussi. Quand il va le chercher il peut tomber sur des mères qui ont déjà avorté plusieurs fois. Ils deviennent des papas sans enfants et des mamans sans enfants également. C’est un chemin plus compliqué que la loi qui est votée. Je pense qu’on a besoin d’éduquer notre population à la compréhension des choses et des phénomènes. La loi certes, mais au-delà de la loi, c’est des comportements. Les populations ont le droit d’être avisées.

 

Propos recueillis par Angèle Toboula

 

 

Me Brice Houssou : « Il ne s’agit pas d’une loi sur la légalisation de l’avortement »

« L’Assemblée nationale a adopté jeudi 21 octobre 2021, la loi n° 2021-12 relative à la modification de la loi N° 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction.

Ce n’est donc pas une nouvelle loi, à proprement parler.

Ce n’est pas une loi qui légalise aujourd’hui l’avortement, comme tentent de le faire croire certains.

L’avortement a toujours été interdit et est une infraction. La modification législative intervenue maintient l’interdiction et punit toujours pénalement.

Il y a seulement que les exceptions (c’est-à-dire les cas dans lesquels l’avortement est autorisé) ont été revues et ajoutées.

En somme, rien de vraiment nouveau.

La loi a été votée après plusieurs heures de débat sur le sujet, vu sa délicatesse.

Il faut noter que l’article 17-2 de la loi modifiée dispose : « A la demande de la femme enceinte, l’interruption volontaire de grossesse peut être autorisée lorsque la grossesse est susceptible d’aggraver ou d’occasionner une situation de détresse matérielle, éducationnelle, professionnelle ou morale incompatible avec l’intérêt de la femme et/ou de l’enfant à naître ».

Voilà ce qui est complété aux cas d’autorisation.

Pour les députés qui ont défendu la loi, le texte permet désormais de sauver davantage de vies de femmes. Selon le gouvernement, la loi va mettre fin à l’avortement clandestin qui fait des victimes dans le pays.

Il faut noter qu’avant la plénière, la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) avait invité les députés à ne pas voter pour la réforme de la loi. Mais en vain.

En fait, même l’ancienne loi n’avait jamais reçu l’assentiment du clergé. Et cela se comprend.

L’Eglise est restée et reste dans son rôle et dans son couloir normal.

Le gouvernement et le parlement sont aussi dans leur couloir.

Avançons ».

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