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Débats sur l’avènement de la monnaie Eco et la fin du FCfa : Le directeur des services législatifs recadré

L’avis et les commentaires émis le 26 décembre 2020 par le directeur des services législatifs, Yves Ogan, sur l’avènement de la monnaie Eco et la fin du FCfa n’engagent que lui. Les responsables de l’administration parlementaire se sont démarqués des propos tenus par l’avocat hier, lundi 4 janvier 2021 à la faveur d’un point de presse organisé au Palais des gouverneurs à Porto-Novo. 

La déclaration du directeur des services législatifs Yves Ogan sur la fin du FCfa et  l’avènement de la monnaie Eco, le 26 décembre 2020 sur des médias de la place n’a pas laissé indifférent les responsables de l’administration parlementaire. Ces derniers ont organisé lundi 4 janvier 2021 un point de presse pour faire part de leur positon à l’opinion publique. C’est le directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale qui a présidé cette séance à la salle polyvalente de l’institution parlementaire. Selon Mathieu Ahouansou, l’avis et le commentaire donnés par le directeur des services législatifs de l’institution parlementaire, Yves Ogan, lors de sa sortie médiatique sur le franc Cfa et l’Eco ne sont pas ceux de l’institution parlementaire et n’engagent nullement celle-ci. Aussi, a-t-il ajouté que la position de l’Assemblée nationale ainsi que celle des députés pris individuellement seront connues à l’issue des débats qui suivront la communication projetée par le gouvernement pour ce mardi 5 janvier 2021. La séance a connu la présence du secrétaire général administratif, Mariano Ogoutolou, de son adjoint, Isaac Fayomi, du directeur adjoint de cabinet, du secrétaire général adjoint, Clément Houinou Ebo et du directeur des services de l’information et de la communication  Firmin Gangbé. Rappelons que dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale, les députés à travers une question d’actualité ont voulu avoir la version officielle du gouvernement sur la « la fin prochaine du franc Cfa pour les 8 pays de l’Uemoa », annoncée en décembre 2019 en Côte d’Ivoire par les présidents français et ivoirien, et sur l’objectif d’une monnaie unique fixée par la Cedeao aux Etats membres depuis 1983. Aussi, ont-ils voulu connaître entre autres, la position effective du gouvernement béninois par rapport à la déclaration faite par le président ivoirien, le 21 décembre 2019 sur l’appartenance de l’Eco à l’Uemoa ou à la Cedeao ainsi que les caractéristiques de la monnaie Eco. Invité  à se prononcer sur le sujet à la plénière du 22 décembre 2020, le gouvernement représenté par le ministre de la Justice et de la législation, Sévérin Quenum, a convenu avec les députés, conformément aux dispositions de l’article 108.2 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, de faire une communication subséquente afin d’éclairer davantage la représentation nationale.

Martial Agoli-Agbo (Corresp. Ouémé-

Plateau)

Avènement du Eco et abandon du FCfa : Ce que pense le Directeur des services législatifs

Le Directeur des services législatifs (Dsl) de l’Assemblée nationale s’est prononcé sur l’avènement de la monnaie Eco et la fin du FCfa le 21 décembre 2020. La déclaration était en prélude à la séance plénière du 22 décembre, laquelle devrait être consacrée à l’abandon du franc Cfa.

L’intégralité de l’intervention du Dsl Yves Ogan

C’est un véritable problème le FCfa pour le Bénin et tous les pays francophones. Il est structuré de telles sortes que nous sommes assujettis à une domination de la France. Et ces accords de coopération monétaire viennent renforcer cette domination. Vous avez une banque centrale de l’Afrique de l’Ouest en France qui est une subdivision du Ministère des Finances Français. En son sein, il y a des représentants qui siègent au Conseil d’Administration et qui ont voix prépondérante. Ces gens-là contrôlent notre économie dans sa forme la plus réelle.

Les décisions prises au sein de la Bcao doivent être soumises au ministères des Finances français avant leur approbation. Ce sont de petites choses qui ne paraissent pas dans les textes, mais des pratiques qui montrent à souhait que la France a installé un système depuis 1945, la création du FCfa, cette monnaie qui est leur émanation. Cette monnaie n’est pas la création des Africains. Les Africains n’ont jamais choisir leur monnaie.

Alors cette façon de faire qui consiste à mettre la main sur notre économie, pour perpétuer une certaine domination doit être remise en cause. C’est ce que l’Assemblée nationale va tenter de faire en posant des questions fondamentale liées à l’existence encore de ce FCfa et à l’existence d’un Eco, une monnaie qui à l’origine a été mise en place par la Cedeao mais dont la France a essayé de déstabiliser sa mise en place qui devait intervenir depuis 2019. Aujourd’hui, elle est un peu secouée par cette tentative de déstabilisation de la France dont les peuples doivent s’en saisir pour réellement prendre leur indépendance économique et financière.

Dans votre poche si vous avez aujourd’hui 100 FCfa, 20 FCfa simplement sont à vous et 80F appartiennent à la France. Cela veut dire que 80% de nos revenus sont en réalité captés par la France avec cette monnaie-là. Pour un salaire de 40 000 F, 8 000F seulement sont à vous et 32 000 FCfa structurellement sont la propriété de la France. Ça veut dire que nous travaillons pour enrichir la France. Si nous créons de la richesse, cela suppose que sur notre Pib, 20% seulement de notre PIB sont à nous. Le reste c’est de la richesse que nous créons de façon monétaire pour la France. C’est elle qui frappe la monnaie. Ce sont ces employés qui travaillent au sein de l’entreprise qui frappe la monnaie à la banque de France. C’est elle qui détermine les agrégats macroéconomiques sur lesquels cette monnaie va reposer qui ne sont pas en réalité les agrégats macroéconomiques que nous vivons dans nos pays. Ce sont des agrégats européens. Evidemment, vous avez une monnaie qui est chère, d’où les taux d’intérêts de 12, 13, 14, 15%. Si vous faites un prêt de 1 milliard pour un particulier, supposons pour la construction d’un immeuble, vous allez le rentabiliser quand ? Autrement dire, vous ne le rentabiliserez jamais parce que le taux d’intérêt est très élevé.

De même, dans notre économie réelle, les Pme et les Pmi, elles ont accès théoriquement aux crédits mais elles n’ont pas la facilité d’avoir le crédit pour leur permettre d’investir parce que les taux d’intérêt sont trop élevés. Il faut poser toutes ces questions et faire le choix de sa propre monnaie. Soit nous restons avec l’Eco de la Cedeao, ensemble nous sommes plus forts. Mais alors, il va falloir aller rapidement à cette monnaie là et discuter des thèmes les plus précis et de la structuration de cette monnaie pour qu’il n’y ait pas de discordances entre les Etats ou alors nous quittons le FCfa et nous faisons cavalier seul. Ce qui seront dans le même girondin économique que nous et qui seront d’accord, nous suivrons. Regardez le Bénin actuel, les efforts consentis par le gouvernement, la rigueur dans la gestion du président Talon, les résultats économiques que nous avons, ce sont des résultats de Patrice Talon. Vous avez un Chef d’Etat rigoureux qui gère une monnaie qui sera propre à son pays, avec cette rigueur, vous voyez que nous serons déjà à deux doigts d’être parmi les pays les plus respectés et les plus développés qui puissent exister. Lorsque nous travaillons au Bénin de la sorte, avec la force à laquelle nous maitrisons nos données économiques aujourd’hui, les résultats que nous produisons en réalité, nous n’en bénéficions pas. Ces résultats vont ailleurs. Alors, il faut remettre tout ceci en question, discuter et remettre le débat au peuple. La question de la monnaie doit être dans notre constitution. Le constituant a permis au peuple à travers sa représentation nationale d’avoir accès au débat et même aux principes d’existence et de création de la monnaie. C’est l’assemblée nationale qui discute de l’existence de la monnaie propre à un pays et au Bénin c’est le cas. Donc c’est tout à faire légitime que l’Assemblée Nationale se saisisse de cette question et la pose sous forme de débat orale avec discussion qui s’en suivra au gouvernement. Mais c’est le peuple qui est pris à témoin. Il faudra que nous fassions le choix de ce que nous voulons entre toujours continuer dans la servitude monétaire ou réellement prendre notre indépendance et aller plus loin.

Vous avez remarqué qu’à partir de l’année 2017, la Cedeao a voulu donner une feuille de route pour qu’en 2019, au premier janvier 2020, l’Eco soit une réalité. Entre temps, vous avez eu une déclaration du président Macron et Ouattara, qui ont fait signer des documents aux ministres des finances de la zone Uemoa pour la création d’un Eco aussi qui vient concurrencer et brouiller le message de l’Eco de la Cedeao. Alors piqués à vif, les pays qui ont travaillé fondamentalement de la création de cette monnaie Eco Cedeao (Nigéria, Ghana, Bénin), se sont posé la question de savoir, quel est le but de cette manœuvre. Automatiquement, cela a perturbé la feuille de route, la mise en place juridique de cette Eco Cedeao. Donc, une fois de plus, par l’action de la France, l’Eco Cedeao a connu un ralentissement dans sa mise en œuvre. Il faudrait aujourd’hui qu’on pose la question au peuple de choisir. Le parlement béninois s’est saisi de la question. Je pense aussi que le parlement de la Cedeao doit aussi se saisir de cette question. Il s’agit d’une monnaie utilisée par les peuples.

La France elle-même a déjà tourné dos au FCfa parce que récemment son assemblée a voté un texte qui met fin au FCfa. Les peuples africains doivent faire ce choix-là. Au préalable, quitter le FCfa. En clair, pour les Africains, le FCfa ne doit plus exister en conséquence de ce qui a été voté en France.

J’espère que les députés béninois auront le courage et la force comme ils l’ont toujours eu de poser le problème de la façon la plus profonde que possible. Un choix de principe doit être acté à partir de demain.

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